Page:Mary Summer - Histoire du Bouddha Sakya-Mouni, 1874.djvu/18

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l’esprit. Aucune nourriture n’approchait leurs lèvres, et la béatitude céleste suffisait à raviver les forces de ces êtres diaphanes. Un jour, le vent avait donné une certaine consistance à l’écume de ce lac qui représentait le monde, et un génie, mû par la curiosité, goûta, avec le petit doigt, l’essence de la terre ; rien de plus exquis ; on eût dit une crème d’une couleur et d’une odeur merveilleuses. Charmé de sa découverte, notre esprit en fit part à ses compagnons, qui prirent goût à la chose ; plus ils en mangeaient, plus ils en désiraient ; si bien que la roideur et la pesanteur s’emparèrent de leurs corps. Impossible de voler ; la gourmandise leur avait coupé les ailes. Par bonheur, à mesure qu’ils s’alourdissaient, la terre se solidifiait et la crème parfumée devenait une croûte épaisse, sur laquelle les génies purent marcher comme de simples mortels. La chute fut complète ; adieu les priviléges de la nature céleste. Les misères, les besoins, les fantaisies corporelles atteignirent ces purs esprits : la faim, la soif, le chaud, le froid, le sommeil, l’amour. Qu’on veuille bien pardonner à la naïveté un peu crue de cette légende. La différence des sexes, qui n’existait pas auparavant, se développa bientôt ; ces êtres transformés se regardèrent d’abord les yeux dans les yeux, surpris de se découvrir des qualités agréables ; la passion s’en mêla,