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à vau-le-nordet

Toujours est-il que voyant que la Cour de France tarde à casquer, l’intendant rapplique et… talonne le Ministre :

La mine de Kébec, écrit-il, dont j’ai fait faire la première ouverture, prenant son origine dans la cave d’un habitant et se conduisant soubs le château de St Louis ne peut, à mon sentiment, s’exploiter qu’avec le risque d’endommager ledit Chasteau qui est sur l’Escors de la Roche qui couvre cette mine. J’essayeray néant moins de la trouver en biaisant parce que nonobstant qu’il y en ayt une très bonne au Cap Breton, les vaisseaux qui arrivent à Kébec s’y chargeraient avec plus de facilité qu’ils ne feraient ailleurs. (27 octobre 1667.)

Et remarquez que c’est à Colbert, au « grand Ministre » que le « grand intendant » en donnait ainsi à garder. Pourtant, Jean Talon connaissait assez le respect qu’on doit au Ministre d’un roi absolument absolu pour ne pas lui faire courir le poisson d’avril. Les chroniqueurs du temps s’accordent à dire qu’il fallait se lever matin pour attraper monsieur Colbert. D’autre part, Jean Talon n’était pas un jean-jean ; il était assez ferré en minéralogie pour avoir reconnu des mines authentiques et avoir commencé leur exploitation en haut de Trois-Rivières, à la Baie Saint-Paul, au Cap Breton. Il devait savoir à quoi s’en tenir.

Quoi qu’il en soit, renardise ou bévue, les analystes de la Cour ne coupèrent pas là-dedans et on refusa en ces termes de voir la lune en plein midi :

Par l’essay qui a été fait des morceaux de la mine de charbon de terre que vous avez envoyiés icy, la qualité s’en est trouvée fort défectueuse ou pour mieux dire ces morceaux n’ont rien produit que de la poussière. (20 février 1668.)