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MES SOUVENIRS

pas sans un profond orgueil que je me rappelle cette lettre que Bizet m’écrivait quelques années auparavant :

… « Notre école n’avait encore rien produit de semblable ! Tu me donnes la fièvre, brigand !

« Tu es un fier musicien, va !

« Ma femme vient de mettre Marie-Magdeleine sous clef !…

« Ce détail est éloquent, n’est-ce pas ?

« Diable ! tu deviens singulièrement inquiétant !…

« Sur ce, cher, crois bien que personne n’est plus sincère dans son admiration et dans son affection que ton

« Bizet. »


Vous me remercierez, mes chers enfants, de vous laisser ce témoignage de l’âme si vibrante du camarade excellent, de l’amibien affectueux que j’avais en Georges Bizet, ami et camarade qu’il serait resté pour moi, si un destin aveugle ne nous l’avait enlevé en plein épanouissement de son prestigieux et merveilleux talent.

Encore à l’aurore de la vie, quand il disparut de ce monde, il pouvait tout attendre de cet art auquel il s’était consacré avec tant d’amour.