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MES SOUVENIRS

Quantum mutatus… Avec le poète, laissez que je le constate ; quels changements, mes chers enfants, depuis lors ! Aujourd’hui, rien que se « présenter » à un concours vaut aux jeunes élèves leurs portraits dans les journaux ; on les sacre d’emblée grands hommes, le tout accompagné de quelques lignes dithyrambiques, bien heureux quand à leur triomphe, qu’on exalte, on n’ajoute pas le mot colossal !… C’est la gloire, l’apothéose dans toute sa modestie.

En 1859, nous n’étions pas glorifiés de cette façon !…

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Mais la Providence, certains diraient le Destin, veillait.

Un ami, encore de ce monde, et j’en ai tant de joie, me procura quelques meilleures leçons. Cet ami n’était pas de ceux que je devais connaître plus tard : tels les amis qui ont surtout besoin de vous ; les amis qui s’éloignent lorsque vous avez à leur parler d’une misère à soulager ; enfin, les amis qui prétendent toujours vous avoir défendu la veille, d’attaques malveillantes, afin de faire valoir leurs beaux sentiments et de vous affliger en vous redisant, en même temps, les paroles blessantes dont vous avez été l’objet. J’ajoute qu’il me reste cependant de bien solides amitiés que je trouve aux heures de lassitude et de découragement.

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Le Théâtre-Lyrique, alors boulevard du Temple, m’avait accepté dans son orchestre comme timbalier. De son côté, le brave père Strauss, chef d’orchestre des bals de l’Opéra, me confia les parties de tambour,