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ŒUVRES POSTHUMES.

dure, comme si un chagrin secret et inavouable l’eût torturée. Une sorte de mésintelligence en résulta. Ils ne se parlaient plus qu’à peine, et madame, qui s’appelait Palmyre, accablait sans cesse monsieur, qui s’appelait Gustave, de compliments désobligeants, d’allusions blessantes, de paroles acerbes, sans raison apparente.

Il courbait le dos, ennuyé mais gai quand même, doué d’un tel fond de contentement qu’il prenait son parti de ces tracasseries intimes. Il se demandait cependant quelle cause inconnue pouvait aigrir ainsi de plus en plus sa compagne, car il sentait bien que son irritation avait une raison cachée, mais si difficile à pénétrer qu’il y perdait ses efforts.

Il lui demandait souvent :

— Voyons, ma bonne, dis-moi ce que tu as contre moi ? Je sens que tu me dissimules quelque chose.

Elle répondait invariablement :

— Mais je n’ai rien, absolument rien. D’ailleurs si j’avais quelque sujet de mécontentement, ce serait à toi de le deviner. Je n’aime pas les hommes qui ne comprennent rien, qui sont tellement mous et incapables qu’il faut venir à leur aide pour qu’ils saisissent la moindre des choses.

Il murmurait découragé :

— Je vois bien que tu ne veux rien dire.

Et il s’éloignait en cherchant le mystère.

Les nuits surtout devenaient très pénibles pour lui ; car ils partageaient toujours le même lit, comme on fait dans les bons et simples ménages. Il n’était point alors de vexations dont elle n’usât à son égard. Elle choisissait le moment où ils étaient étendus côte à côte pour l’accabler de ses railleries les plus vives. Elle lui reprochait principalement d’engraisser :

— Tu tiens toute la place, tant tu deviens gros. Et