Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/172

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ŒUVRES POSTHUMES.

effaré, stupide d’étonnement et de douleur. Quand il eut repris haleine, il prononça :

— Si fous ne foulez pas me rentre raison avec le bistolet, che vous tuerai.

M. Dubuis répondit :

— Quand vous voudrez. Je veux bien.

L’Allemand reprit :

— Foici la ville de Strasbourg, che brendrai deux officiers bour témoins, ché le temps avant que le train rebarte.

M. Dubuis, qui soufflait autant que la machine, dit aux Anglais :

— Voulez-vous être mes témoins ?

Tous deux répondirent ensemble :

— Aoh yes !

Et le train s’arrêta.

En une minute, le Prussien avait trouvé deux camarades qui apportèrent des pistolets, et on gagna les remparts.

Les Anglais sans cesse tiraient leur montre, pressant le pas, hâtant les préparatifs, inquiets de l’heure pour ne point manquer le départ.

M. Dubuis n’avait jamais tenu un pistolet. On le plaça à vingt pas de son ennemi. On lui demanda :

— Êtes-vous prêt ?

En répondant « oui, monsieur », il s’aperçut qu’un des Anglais avait ouvert son parapluie pour se garantir du soleil.

Une voix commanda :

— Feu !

M. Dubuis tira, au hasard, sans attendre, et il aperçut avec stupeur le Prussien debout en face de lui qui chancelait, levait les bras, et tombait raide sur le nez. Il l’avait tué.

Un Anglais cria un « Aoh » vibrant de joie, de