Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/199

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L’ATTENTE.

moindres bruits, soulevée de peur, et je ne sais de quelle émotion indicible et intolérable à chacun des petits craquements du feu dans la cheminée.

J’attendis une heure, deux heures, sentant grandir en mon cœur une épouvante inconnue, une angoisse telle, que je ne souhaiterais point au plus criminel des hommes dix minutes de ces moments-là. Où était mon enfant ? Que faisait-il ?

Vers minuit, un commissionnaire m’apporta un billet de mon amant. Je le sais encore par cœur :

« Votre fils est-il rentré ? Je ne l’ai pas trouvé. Je suis en bas. Je ne veux pas monter à cette heure. »

J’écrivis au crayon sur le même papier :

« Jean n’est pas revenu ; il faut que vous le retrouviez. »

Et je passai toute la nuit sur mon fauteuil, attendant.

Je devenais folle. J’avais envie de hurler, de courir, de me rouler par terre. Et je ne faisais pas un mouvement, attendant toujours. Qu’allait-il arriver ? Je cherchais à le savoir, à le deviner. Mais je ne le prévoyais point, malgré mes efforts, malgré les tortures de mon âme !

J’avais peur maintenant qu’ils ne se rencontrassent. Que feraient-ils ? Que ferait l’enfant ? Des doutes effrayants me déchiraient, des suppositions affreuses.

Vous comprenez bien cela, n’est-ce pas, monsieur ?

Ma femme de chambre, qui ne savait rien, qui ne comprenait rien, venait sans cesse, me croyant folle sans doute. Je la renvoyais d’une parole ou d’un geste. Elle alla chercher le médecin, qui me trouva tordue dans une crise de nerfs.

On me mit au lit. J’eus une fièvre cérébrale.