Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/271

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LA QUESTION DU LATIN.

— Oui, ie père Piquedent. Vous savez donc son nom ?

— Parbleu ! Eh bien ?

— Eh bien, il est amoureux de vous !

Elle se mit à rire comme une folle et s’écria :

— C’te blague !

— Mais non, ce n’est pas une blague. Il me parle de vous tout le temps des leçons. Je parie qu’il vous épousera, moi !

Elle cessa de rire. L’idée du mariage rend grave toutes les filles. Puis elle répéta incrédule :

— C’te blague !

— Je vous jure que c’est vrai.

Elle ramassa son panier posé devant ses pieds.

— Eh bien ! nous verrons, dit-elle.

Et elle s’en alla.

Aussitôt entré à la pension, je pris à part le père Piquedent :

— Il faut lui écrire ; elle est folle de vous.

Et il écrivit une longue lettre, doucement tendre, pleine de phrases et de périphrases, de métaphores et de comparaisons, de philosophie et de galanterie universitaires, un vrai chef-d’œuvre de grâce burlesque, que je me chargeai de remettre à la jeune personne.

Elle la lut avec gravité, avec émotion, puis elle murmura :

— Comme il écrit bien ! On voit qu’il a reçu de l’éducation ! C’est-il vrai qu’il m’épouserait ?

Je répondis intrépidement :

— Parbleu ! Il en perd la tête.

— Alors il faut qu’il m’invite à dîner dimanche à l’île des Fleurs ?

Je promis qu’elle serait invitée.

Le père Piquedent fut très touché de tout ce que je lui racontai d’elle.