Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/273

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LA QUESTION DU LATIN.

Ils étaient assis côte à côte, sur le banc d’arrière.

Le vieux parla le premier :

— Voilà un joli temps pour une promenade en barque.

Elle murmura :

— Oh ! oui.

Elle laissait traîner sa main dans le courant, effleurant l’eau de ses doigts, qui soulevaient un mince filet transparent, pareil à une lame de verre. Cela faisait un bruit léger, un gentil clapot, le long du canot.

Quand on fut dans le restaurant, elle retrouva la parole, commanda le dîner : une friture, un poulet et de la salade ; puis elle nous entraîna dans l’île, qu’elle connaissait parfaitement.

Alors elle fut gaie, gamine et même assez moqueuse.

Jusqu’au dessert, il ne fut pas question d’amour. J’avais offert du Champagne, et le père Piquedent était gris. Un peu partie elle-même, elle l’appelait :

— Monsieur Piquenez.

Il dit tout à coup :

— Mademoiselle, monsieur Raoul vous a communiqué mes sentiments.

Elle devint sérieuse comme un juge :

— Oui, monsieur !

— Y répondez-vous ?

— On ne répond jamais à ces questions-là !

Il soufflait d’émotion et reprit :

— Enfin, un jour viendra-t-il où je pourrai vous plaire ?

Elle sourit :

— Gros bête ! Vous êtes très gentil.

— Enfin, mademoiselle, pensez-vous que plus tard nous pourrions…