Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/299

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
287
ÉTRENNES.

couvrant son visage de ses mains, se mit à pleurer affreusement.

Il s’était agenouillé devant elle, s’efforçant d’écarter ses bras, de voir ses yeux et répétant :

— Irène, Irène, qu’avez-vous ? Je vous en supplie, dites-moi ce que vous avez ?

Alors elle murmura, au milieu des sanglots :

— Je ne puis plus vivre ainsi.

Il ne comprenait pas.

— Vivre ainsi ?… Comment ?…

— Oui. Je ne peux plus vivre ainsi… chez moi… Tu ne sais pas… je ne te l’ai jamais dit… C’est affreux… Je ne peux plus… je souffre trop… Il m’a frappée tantôt…

— Qui… ton mari ?

— Oui… mon mari.

— Ah !…

Il s’étonnait, n’ayant jamais soupçonné que ce mari pût être brutal. C’était un homme du monde, du meilleur, un homme de cercle, de cheval, de coulisses et d’épée ; connu, cité, apprécié partout, ayant des manières fort courtoises, un esprit fort médiocre, l’absence d’instruction et d’intelligence réelle indispensable pour penser comme tous les gens bien élevés, et le respect de tous les préjugés comme il faut.

Il paraissait s’occuper de sa femme comme on doit le faire entre personnes riches et bien nées. Il s’inquiétait suffisamment de ses désirs, de sa santé, de ses toilettes, et la laissait parfaitement libre d’ailleurs.

Randal, devenu l’ami d’Irène, avait droit à la poignée de main affectueuse que tout mari qui sait vivre doit aux familiers de sa femme. Puis quand Jacques, après avoir été quelque temps l’ami, devint l’amant, ses relations avec l’époux furent plus cordiales, comme il convient.