Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/38

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pas ? — des marins en chambre, — voir au ministère de la marine, — des colonisateurs en chambre, etc., etc. Il avait donc étudié l’agriculture, mais il l’avait étudiée profondément, dans ses rapports avec les autres sciences, avec l’économie politique, avec les arts, — on met les arts à toutes les sauces, puisqu’on appelle bien "travaux d’art" les horribles ponts des chemins de fer. Enfin il était arrivé à ce qu’on dît de lui : "C’est un homme fort." On le citait dans les Revues techniques ; sa femme avait obtenu qu’il fût nommé membre d’une commission au ministère de l’agriculture. Cette gloire modeste lui suffisait. Sous prétexte de diminuer les frais, il invitait ses amis le jour où sa femme recevait les siens, de sorte qu’on se mêlait, ou plutôt non, on formait deux groupes. Madame, avec son escorte d’artistes, d’académiciens, de ministres, occupait une sorte de galerie, meublée et décorée dans le style Empire. Monsieur se retirait généralement avec ses laboureurs dans une pièce plus petite, servant de fumoir, et que Mme Anserre appelait ironiquement le salon de l’Agriculture. Les deux camps étaient bien tranchés. Monsieur, sans jalousie, d’ailleurs, pénétrait quelquefois dans l’Académie, et des poignées de main cordiales étaient échangées ; mais l’Académie dédaignait infiniment le salon de l’Agriculture , et il était rare qu’un des princes de la science, de la pensée ou d’autre chose se mêlât aux laboureurs. Ces réceptions se faisaient sans frais : un thé , une brioche, voilà tout. Monsieur, dans les premiers temps, avait réclamé deux brioches, une pour l’Académie, une pour les laboureurs ; mais Madame ayant justement observé que cette manière d’agir semblerait instituer deux camps, deux réceptions, deux partis,