Page:Maupassant Bel-ami.djvu/295

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Puis il indiquait, d’un geste aimable, le petit escalier par où on descendait dans la cave, où il avait installé la salle d’armes et le tir ; et il disait : — Au-dessous, mesdames, au-dessous. L’assaut a lieu en des appartements souterrains.

Il se précipita au-devant de la femme de son directeur ; puis, serrant la main de Du Roy : — Bonjour, Bel-Ami.

L’autre fut surpris : — Qui vous a dit que…

Rival lui coupa la parole : — Mme Walter, ici présente, qui trouve ce surnom très gentil.

Mme Walter rougit : — Oui, j’avoue que si je vous connaissais davantage, je ferais comme la petite Laurine, je vous appellerais aussi Bel-Ami. Ça vous va très bien.

Du Roy riait : — Mais, je vous en prie, madame, faites-le.

Elle avait baissé les yeux : — Non. Nous ne sommes pas assez liés.

Il murmura : — Voulez-vous me laisser espérer que nous le deviendrons davantage ?

— Eh bien, nous verrons alors, dit-elle.

Il s’effaça à l’entrée de la descente étroite qu’éclairait un bec de gaz ; et la brusque transition de la lumière du jour à cette clarté jaune avait quelque chose de lugubre. Une odeur de souterrain montait par cette échelle tournante, une senteur d’humidité chauffée, de murs moisis essuyés pour la circonstance, et aussi des souffles de benjoin qui rappelaient les offices sacrés, et des émanations féminines de Lubin, de verveine, d’iris, de violette.

On entendait dans ce trou un grand bruit de voix, un frémissement de foule agitée.

Toute la cave était illuminée avec des guirlandes de gaz et des lanternes vénitiennes cachées en des feuillages