Page:Maupassant Bel-ami.djvu/44

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et Duroy, gris de triomphe, but d’un trait. Il aurait vidé de même une barrique entière, lui semblait-il ; il aurait mangé un bœuf, étranglé un lion. Il se sentait dans les membres une vigueur surhumaine, dans l’esprit une résolution invincible et une espérance infinie. Il était chez lui, maintenant, au milieu de ces gens ; il venait d’y prendre position, d’y conquérir sa place. Son regard se posait sur les visages avec une assurance nouvelle, et il osa, pour la première fois, adresser la parole à sa voisine :

— Vous avez, madame, les plus jolies boucles d’oreilles que j’aie jamais vues.

Elle se tourna vers lui en souriant : — C’est une idée à moi de pendre des diamants comme ça, simplement au bout d’un fil. On dirait vraiment de la rosée, n’est-ce pas ?

Il murmura, confus de son audace et tremblant de dire une sottise :

— C’est charmant… mais l’oreille aussi fait valoir la chose.

Elle le remercia d’un regard, d’un de ces clairs regards de femme qui pénètrent jusqu’au cœur.

Et comme il tournait la tête, il rencontra encore les yeux de Mme Forestier, toujours bienveillants, mais il crut y voir une gaieté plus vive, une malice, un encouragement.

Tous les hommes maintenant parlaient en même temps, avec des gestes et des éclats de voix ; on discutait le grand projet du chemin de fer métropolitain. Le sujet ne fut épuisé qu’à la fin du dessert, chacun ayant une quantité de choses à dire sur la lenteur des communications dans Paris, les inconvénients des tramways, les ennuis des omnibus et la grossièreté des cochers de fiacre.

Puis on quitta la salle à manger pour aller prendre le