Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/14

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Il n’existe donc sur le passé de l’arménien avant le Vme siècle après J.-C. aucun document utilisable.

Deux circonstances historiques ont été décisives pour le développement de la langue arménienne.

La première, c’est que l’arménien a sans doute été apporté entre le Xme et le VIme siècle avant J.-C. dans le pays où on le parle. Il y a donc lieu de tenir compte de l’influence de la langue des anciens occupants du pays. On n’a malheureusement pas réussi jusqu’à présent à déterminer ce qui, parmi la masse des mots arméniens dont l’étymologie est inconnue, proviendrait de la langue des indigènes. Mais il est probable que les tendances propres auxquelles sont dues les transformations profondes qu’a subies l’indo-européen en Arménie, proviennent, en partie du moins, de ces populations. On a constaté en effet que l’aspect général du système phonique arménien ressemble à celui des systèmes caucasiens méridionaux, géorgien, etc. Autre concordance remarquable : les langues caucasiennes du sud ont une déclinaison riche en cas, mais ignorent le genre grammatical ; or, l’arménien a gardé, malgré la chute de ses finales, la distinction de presque tous les cas de la déclinaison indo-européenne, mais il n’a pas trace de genre (Le persan au contraire n’a plus ni déclinaison ni genre : or la langue des inscriptions achéménides du second système, l’élamite, qui a disparu, remplacé par l’iranien, n’a ni déclinaison ni genre.) Il est donc probable que les tendances linguistiques des anciens habitants du pays ont déterminé dans une large mesure les destinées de l’arménien.

En second lieu, depuis le moment où le pays a été incorporé au royaume mède par Cyaxare et ensuite à l’empire perse, les Arméniens n’ont cessé d’être soumis à des dominations iraniennes. De 66 après Jésus-Christ jusqu’à 387, l’Arménie a eu une dynastie arsacide ; et durant ce temps, la noblesse a été parthe ou assimilée à la noblesse parthe ; de là viennent les nombreux mots iraniens dont le vocabulaire arménien est rempli ; la date de ces emprunts est indiquée par leur forme qui n’est pas celle du vieux perse, mais celle d’un pehlevi archaïque et, au point de vue dialectal, non le parsīk, mais le pahlavīk (Meillet, M. S. L. XVII, p. 242 sq., Gauthiot, ibid. XIX, p. 125 sq.). L’importance de l’élément iranien, dans le vocabulaire, est telle qu’on a pris longtemps l’arménien pour un dialecte iranien.