Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/28

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ment des vibrations glottales a été retardé : les vibrations, qui, pour les sourdes, commençaient dès le moment de l’explosion (type français, italien, slave, etc.), n’ont commencé qu’après l’explosion, de sorte que, entre l’explosion du t et le commencement des vibrations d’une voyelle suivante, un souffle a été émis ; *pe, *te, *ke sont devenus *p‘e, *t‘e, *k‘e ; les vibrations, qui, pour les sonores, commençaient dès l’implosion (type français, italien, slave, etc.) n’ont commencé qu’au moment de l’explosion (type d’une partie des parlers allemands) ; *be, *de, *ge sont devenus *pe, *te, *ke (avec p, t, k faibles) ; c’est le premier degré de la mutation consonantique (Lautverschiebung) par lequel les occlusives germaniques ont dû passer : p, t, k ont dû devenir ph, th, kh pour aboutir aux f, þ, *x (d’où h) du germanique ; car c’est la faiblesse de l’occlusion des aspirées *ph, *th, *kh qui explique la transformation de ces occlusives en spirantes ; b, d, g ont été des sourdes faibles avant d’être les p, t, k forts qu’ils sont en germanique. L’arménien présente donc une mutation parallèle à la mutation germanique, mais qui s’est arrêtée à un degré moins avancé, tant pour les sourdes que pour les sonores. — Quant aux sonores aspirées *bh, *dh, *gh, dont la prononciation indo-européenne n’est pas exactement connue, elles sont représentées en arménien par les sonores b, d, g (resp. j).

La mutation consonantique arménienne est antérieure aux plus anciens emprunts de l’arménien à l’iranien ; car ces emprunts y ont échappé ; de même les noms propres attestés par Strabon ou Ptolémée présentent le consonantisme de l’arménien classique : Ταρωνῖτις (Tarônitis) Tarawn Տարաւն ; Ὠτηνή (Ôtênê), Uti Ուտի ; Ἀϰιλισηνή (Akilisênê), Ekełeac̣ Եկեղեաց.

Ces principes une fois établis, le traitement des occlusives indo-européennes en arménien apparaît clair.

a) Sonores aspirées.

8. — Les sonores aspirées sont représentées par les sonores arméniennes ; à l’intérieur du mot entre voyelles, on observe une tendance à supprimer l’élément occlusif de la sonore ; cette tendance à la diminution du mouvement articulatoire des consonnes intervocaliques se constate en arménien pour d’autres cas, comme on le