Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/34

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rh en arménien, le groupe devient wrh, ainsi dans awrhnem աւրհՆհմ (de *awhrinem) « je bénis », en regard de avest. āfrīnāmi » je bénis », ou dans patuhas պատուհաս « punition » (de *patiwrhas, avec réduction de hr à h entre voyelles, normale en arménien), en regard du pehlevi pātfrās (ancien *pātifrāsa-) ; à l’initiale du mot, le w de ce wh tombe, et c’est hraman հրաման « ordre » (de *whraman) qui représente le vieux-perse framānā (persan firmān). De même, dans les mots arméniens originaux, le *ph issu de l’i.-e., *p donne w après voyelle devant consonne : ewt’n եւթն « sept », cf. skr. saptá, gr. ἑπτά (hepta) lat. septem ; k’un քուն « sommeil » de *swopnos (skr. svápnaḥ, cf. v. isl. suefn et gr. ὕπνος (hupnos)) ; սt‘ ութ « huit » de *optō, avec labiale substituée à l’ancienne palatale, sous l’influence de « sept », comme dans éléen ὀπτώ (optô) ; dans les deux derniers mots, w s’est combiné avec un o précédent pour donner u ; la diphtongue *ou de date indo-européenne était déjà transformée au moment où s’est produit ce fait, car elle est représentée par oy ոյ, ainsi qu’on le verra § 19. — Le *th intérieur devenu *ph devant r par une différenciation comparable à celle de Þr en fr en latin (cas de frīgus, crībrum, etc.) est aussi représenté par w, ainsi arawr արաւր « charrue », cf. lat. arātrum ; hawr հաւր « du père » (génitif-datif-locatif), cf. gr. πατρός (patros), lat. patris la même altération s’est produite devant ł, si le -awł des mots comme cnawł ծնաւղ « parens » est expliqué par *-ā-tl, et le -tl- rapproché du suffixe slave -tel- des noms d’agents (cf. Bugge, IF. I, p. 437), qui a son pendant en hittite. — À l’initiale, *pr devait être *hr, d’où r qui comme toute r initiale reçoit une prothèse, ainsi erēç երէց « πρεσβύτερος », cf. lat. prīscus ; le *t de *tr a subi le même traitement : erek‘ երեք « trois », cf. skr. tráyaḥ, v. sl. trĭje, gr. τρεῖς (treis), lat. trēs.

Après s, c’est t տ et non l’aspirée t‘ թ qui représente i.-e. t, ainsi : sterǰ ստերջ « stérile », cf. gr. στεῖρα, lat. sterilis ; z-gest զգեստ « vêtement », cf. lat. uestis, etc. Pour le traitement de sp, il y a un exemple sûr : sparnam սպարնամ « je menace », cf. lat. sperno (B. S. L. XXXI, p. 51 ; cf. Lidén, Armeniaca, p. 49 sq.) ; quant au groupe sk, il aboutit à ց : c̣elum ցելում « je fends », cf. lit. skeliù « je fends », v. isl. skilja « fendre, couper » ; c̣ul ցուլ « taureau », cf. gr. σϰύλαξ (B. S. L. XXVI, p. 20) ; harçanem հարցանեմ « je demande », cf. skr. pr̥ccháti, lat. poscō, v. h. a. forscōn. Là où l’on rencontre