Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/36

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monstratif ayd այդ « iste », da, -d, etc., cf. l’accusatif skr. tám, gr. τύν, etc., le t indo-européen a donné d դ d’une manière exceptionnelle ; ce traitement anomal tient sans doute au caractère de ces mots qui sont des éléments accessoires de la phrase et, en cette qualité, échappent aux règles communes. D’ailleurs le d du démonstratif ayd a un traitement anomal dans l’arménien de Cilicie au XIe siècle, où il est représenté par d et non par t. D’autre part le d de ayd est peut-être normal après la diphthongue ay dans certaines conditions, car, si un ancien *auti- « lieu de séjour » a donné awt‘ աւթ, un ancien *auti « chaussure » a donné awd աւգ, génit. awdi աւդի. Ici encore le problème reste sans solution précise ; mais, en tout cas, le d de du դու et de ayd այդ est un affaiblissement secondaire d’une aspirée *th.

L’aspirée k‘ représentant un plus ancien k se maintient en règle générale ; toutefois dans le thème d’interrogatif et d’indéfini o- ո– « qui ?, quelqu’un », i- ի– » quoi ?, quelque chose », qui se présente dans des conditions spéciales par suite du caractère de ses emplois, elle est devenue h qui est finalement tombé devant o et u dans ov ո՞վ « qui ? », cf. skr. kâh, ur ո՞ւր « où ? », cf. lit. kur͂, ok‘ ոք « quelqu’un », etc., mais qui a subsisté devant i dans him հի՞մ « pourquoi ? » et dans des formes de la langue des traductions philosophiques telles que hizan հիզան « comme ». Le k‘ s’est au contraire maintenu dans d’autres formes du même thème : k‘an քան « que », cf. lat. quam ; -k‘ dans o-k‘ ո ք « quelqu’un », cf. skr. káç-ca, lat. quis-que.

d) -Sourdes aspirées.

12. — L’arménien est, avec l’indo-iranien, celle des langues indo-européennes où les sourdes aspirées ont le traitement le plus clair. Comme les gutturales ont une articulation moins forte que les dentales et sont plus sujettes en général à perdre leur caractère occlusif, le *kh est représenté par x խ ; mais le *ph donne p‘ փ, restant ainsi distinct de l’ancien p, et le *th donne t‘ թ, se confondant ainsi partiellement avec l’ancien t (cf. § 10).

Le *kh est un phonème expressif où n’apparaît pas la distinction de *k et *kw qu’on trouve dans l’ensemble des gutturales. — Dans les exemples donnés ci-dessous, on remarquera souvent le