Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/38

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xacanem խածանեմ « je mords », skr. khād- « mordre », lit. kándu « je mords » ; xał խաղ « jeu », xalam խաղամ « je joue », gr. χαλάω « je lâche, je relâche » ; mxem մխեմ « j’enfonce », mux մուխ « action d’enfoncer le fer rougi dans l’eau, d’où : « trempe », gr. μυχός « la partie la plus intérieure d’une maison : le fond ; baie ou crique qui s’enfonce dans la terre ; une enfoncée dans les montagnes… ». — En tenant compte de l’alternance *sm-/*m : mux աէուխ « fumée », v. irl. múch « fumée », moy. h. all. smouch « fumée », gr. σμū́χω « laisser se consumer sans flamme dans un feu qui meurt en fumant ». On poserait : *smoukh-/*moukh-, *mukh-. — En supposant une alternance *ks-/*k- : çax ցախ « branche, rameau » répond à pers. šāx (de *kšākh-) « rameau, branche », skr. çā́khā » rameau, branche », v. sl. soxa (de *kākh-) « branche recourbée, servant de charrue ». On poserait : *ksākh-/*kākh-. — En tenant compte de l’alternance *-k-/-*kh- : suffixe indo-européen *-ko-/*-kho- : iran. -ka/-xa : mada-ka, mada-xa « sauterelle », arm. -x –խ : glu-x գլուխ « tête », gén. glxoy գլխոյ, cf. v. sl. glava de *gōlu-ā, lit. galvà, acc. gálvą ; donc arm. glux vient de *gōlu-kho est devenu u puis est tombé. Le nom de la tête a souvent une forme populaire. En arménien nous y avons un suffixe contenant une sourde aspirée, caractère de mots expressifs. — Un autre mot de caractère populaire est t-xur « triste ». Dans ce mot t- տ– est un préfixe négatif ; *xur *խուր n’est pas connu autrement que par t-xur տ–խուր « non-joyeux ». Pour « joyeux » il y a en arménien deux formes : ur-ax ուր–էսխ, avec une dissimilation qui a fait tomber la consonne initiale, et xr-ax խր–ախ, de *xur-ax : -ax –ախ est un élément suffixal où il y a -*kho-.

Exemples pour *th. — À l’initiale t‘- թ- peut venir de *t- (voir § 10) ; donc tous les exemples à l’initiale sont ambigus. Étant donné que *-rt passe en arménien à -rd- : ard արդ, gén. ardu արդու « arrangement », lat. artus « membre », gr. ἀρτύω « ajuster » (voir § 11), si, à l’intérieur d’un mot arménien l’on a -rt‘ րթ, c’est que le t‘ թ y vient de *th : ort‘ որթ, gén. ort‘u որթու « veau », skr. pr̥thukaḥ « petit d’animal ». — À la fin de mot le *th est tombé, comme le *t non aspiré, dans hun հուն « chemin », cf. pánthāḥ, v. sl. pōtĭ, lat. pons.

13. — On peut donc résumer par le tableau suivant le traite-