Page:Mercure de France, t. 33, n° 121, janvier-mars 1900.djvu/120

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la guerre des mondes

s’étendaient à loisir sur ces derniers mots rassurants.

Naturellement, tous les étudiants qui assistaient au cours de biologie auquel mon frère se rendit ce jour-là étaient extrêmement intéressés, mais il n’y avait dans les rues aucun signe de surexcitation anormale. Les journaux du soir étalèrent des bribes de nouvelles sous d’énormes titres. Ils n’apprenaient rien d’autre que des mouvements de troupe aux environs de la lande, et l’incendie du bois de sapins entre Woking et Weybridge. Mais vers huit heures, la St. James’s Gazette, dans une édition spéciale, annonçait simplement l’interruption des communications télégraphiques, en attribuant ce fait à la chute des sapins enflammés en travers des lignes. On n’apprit rien d’autre de la lutte ce soir-là, le soir de ma fuite à Leatherhead et de mon retour.

Mon frère n’éprouva aucune inquiétude à notre égard ; il savait, d’après la description des journaux, que le cylindre était à deux bons milles de chez moi. Il décida qu’il viendrait en hâte coucher à la maison cette nuit-là, afin, comme il le dit, d’apercevoir au moins ces êtres avant qu’ils ne fussent tués. Il m’envoya vers quatre heures un télégramme qui ne me parvint jamais, et alla passer la soirée au concert.

Il y eut aussi à Londres, le samedi soir, un violent orage, et mon frère se rendit à la gare en voiture. Sur le quai d’où le train de minuit part habituellement, il apprit, après quelque attente, qu’un accident empêchait les trains d’arriver cette nuit-là jusqu’à Woking. On ne put lui indiquer la nature de l’accident ; à dire vrai, les autorités compétentes ne savaient encore à ce moment rien de