Page:Mercure de France, t. 33, n° 121, janvier-mars 1900.djvu/135

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mercvre de france—i-1900

Mais assurément trois d’entre eux sortirent vers huit heures ; ils s’avancèrent avec lenteur et précaution, traversèrent Byfleet et Pyrford, jusqu’à Ripley et Weybridge et se trouvèrent ainsi contre le couchant en vue des batteries en alerte. Ils n’avançaient pas ensemble, mais séparés l’un de l’autre par une distance d’environ un mille et demi. Ils communiquaient entre eux au moyen de hurlements semblables à la sirène des navires, montant et descendant une sorte de gamme.

C’étaient ces hurlements et la canonnade de Ripley et de St George’s Hill, que nous avions entendus à Upper Halliford. Les canonniers de Ripley, artilleurs volontaires et fort novices qu’on n’aurait jamais dû placer dans une pareille position, tirèrent une volée désordonnée, à pied et à cheval à travers le village désert ; le Marsien enjamba tranquillement leurs canons sans se servir de son Rayon Ardent, choisit délicatement ses pas parmi eux, les dépassa et arriva inopinément sur les batteries de Painshill Park, qu’il détruisit.

Cependant les troupes de St George’s Hill étaient mieux conduites et avaient plus de courage. Dissimulées derrière un bois de sapins, il semble que le Marsien ne se soit pas attendu à les trouver là. Ils pointèrent leurs canons aussi délibérément que s’ils avaient été à la manœuvre et firent feu à une portée d’environ mille mètres.

Les obus éclatèrent tout autour du Marsien, et on le vit faire quelques pas encore, chanceler et s’écrouler ; tous poussèrent un cri, et avec une hâte frénétique rechargèrent les pièces. Le Marsien renversé fit entendre un ululement prolongé ; immédiatement un second géant étincelant lui répondit