Page:Mercure de France, t. 33, n° 121, janvier-mars 1900.djvu/145

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rapide dégringolade du cône opaque de fumée. Puis, l’obscurité sombre et impénétrable – rien qu’une masse silencieuse de vapeur compacte cachant les morts.

Un peu avant l’aube, la vapeur noire se répandit dans les rues de Richmond, et, en un dernier effort, le gouvernement, affolé et désorganisé, prévenait la population de Londres de la nécessité de fuir.


Ainsi s’explique l’affolement qui, comme une vague mugissante, passa sur la grande cité du monde, à l’aube du lundi matin – le flot des gens fuyant, grossissant peu à peu comme un torrent et venant se heurter, en un tumulte bouillonnant, autour des grandes gares, s’encaissant sur les bords de la Tamise, en une lutte épouvantable pour trouver place sur les bateaux, et s’échappant par toutes les voies, vers le nord et vers l’est. À dix heures, la police était en désarroi, et aux environs de midi, les administrations de chemins de fer, complètement bouleversées, perdirent tout pouvoir et toute efficacité, leur organisation compliquée sombrant dans le soudain écroulement du corps social.

Les lignes au nord de la Tamise et le réseau du Sud-Est, à Cannon Street, avaient été prévenus dès minuit et les trains s’emplissaient, où la foule, à deux heures, luttait sauvagement, pour trouver place debout dans les wagons. Vers trois heures, à la gare de Bishopsgate, des gens furent renversés, piétines et écrasés ; à plus de deux cents mètres des