Page:Mercure de France, t. 33, n° 121, janvier-mars 1900.djvu/147

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Il échappa ainsi à la débandade, et contournant la route d’Edgware, il atteignit cette localité vers sept heures, fatigué et mourant de faim, mais avec une bonne avance sur la foule. Au long de la route, des gens curieux et étonnés sortaient sur le pas de leur porte. Il fut dépassé par un certain nombre de cyclistes, quelques cavaliers et deux automobiles.

À environ un mille d’Edgware, la jante de la roue cassa et sa machine fut hors d’usage. Il l’abandonna au bord de la route et gagna le village à pied. Dans la grand-rue, il y avait des boutiques à demi ouvertes et des gens s’assemblaient sur les trottoirs, au seuil des maisons et aux fenêtres, considérant avec ébahissement les premières bandes de cette extraordinaire procession de fugitifs. Il réussit à se procurer quelque nourriture à une auberge.

Pendant quelque temps, il demeura dans le village, ne sachant plus quoi faire ; le nombre des fuyards augmentait et la plupart d’entre eux semblaient, comme lui, disposés à s’arrêter là. Nul n’apportait de plus récentes nouvelles des Martiens envahisseurs.

La route se trouvait déjà encombrée mais pas encore complètement obstruée. Le plus grand nombre des fugitifs étaient à cette heure des cyclistes, mais bientôt passèrent à toute vitesse des automobiles, des cabs et des voitures de toute sorte et la poussière flottait en nuages lourds sur la route qui mène à St. Albans.

Ce fut, peut-être, une vague idée d’aller à Chelmsford où il avait des amis, qui poussa mon frère à s’engager dans une tranquille petite rue se dirigeant vers l’est. Il arriva bientôt à une barrière et, la franchissant, il suivit un sentier qui inclinait au nord-est. Il passa auprès de plusieurs fermes