Page:Mercure de France, t. 33, n° 121, janvier-mars 1900.djvu/370

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jaillir, mais qui devait traverser des marécages. Quand parfois je m’arrêtais, maman pensait : Sa respiration peut-être n’avait pas pu sortir, et elle me tâtait pour voir si je n’étais pas mort. Je m’éveillais le matin, amer, et la bouche pleine d’un pus qui semblait aussi gagner mon cerveau où des idées s’épaississaient.


Il y eut un jour où je ne pouvais pas fermer la bouche : quelque chose, comme une dent de sagesse, pointait pour la tenir entrebâillée. Le médecin dit : « Mais voilà, c’est l’os qui sort. Je comprends maintenant sa maladie. Voyez-vous, Madame, c’est l’os qui était gâté. Je m’en étais toujours douté. »

Il prit une pince et enleva le morceau d’os ainsi qu’on enlève une dent. Le voici. Nous le regardâmes, maman et moi, comme une partie de nous- mêmes et avec une grande crainte. Nous avions peur parce qu’un os gâté doit ressembler à une plaie et nous pensions la voir et souffrir à cause de sa profondeur et de son pus. Mais non et c’était simplement un petit os poreux un peu plus gris qu’il n’aurait dû. Alors nous fûmes bien étonnés de ce que si peu de chose pût produire tant d’effet.

Nous l’enveloppâmes dans du papier de soie pour le conserver, mais nous n’étions pas rassurés. Ça commence par un petit os de la mâchoire, de même qu’une carie d’os commence par une fluxion légère, et ça se poursuit longtemps comme un mal qui ronge. C’est une fraction et c’est une autre et puis c’est tout un os qui disparaît. Et d’autres os s’en vont qu’a corrompus un mauvais voisinag