Page:Mercure de France, t. 33, n° 121, janvier-mars 1900.djvu/416

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complètement détruite ; par hasard, la cuisine et la laverie avaient échappé et étaient enterrées sous la terre et les décombres ; nous étions enfermés de toutes parts sous des tonnes de terre, sauf du côté du cylindre ; nous nous trouvions donc exactement sur le bord du grand trou circulaire que les Martiens étaient occupés à faire ; les sons sourds et réguliers que nous entendions venaient évidemment de derrière nous et, de temps en temps, une brillante vapeur grise montait comme un voile devant l’ouverture de notre cachette.

Au centre du trou, le cylindre était déjà ouvert ; sur le bord opposé, parmi la terre, le gravier et les arbustes brisés, l’une des grandes machines de combat des Martiens, abandonnée par ses occupants, se tenait debout, raide et géante, contre le ciel du soir. Bien que, pour plus de commodité, je les aie décrits en premier lieu, je n’aperçus d’abord presque rien du trou ni du cylindre ; mon attention fut absorbée par un extraordinaire et scintillant mécanisme que je voyais à l’œuvre au fond de l’excavation, et par les étranges créatures qui rampaient péniblement et lentement sur les tas de terre.

Le mécanisme, certainement, frappa d’abord ma curiosité. C’était l’un de ces systèmes compliqués, qu’on a appelés depuis Machines à Mains, et dont l’étude a donné déjà une si puissante impulsion au développement de la mécanique terrestre. Telle qu’elle m’apparut, elle présentait l’aspect d’une sorte d’araignée métallique avec cinq jambes articulées et agiles, ayant autour de son corps un nombre extraordinaire de barres, de leviers articulés, et de tentacules qui touchaient et prenaient. La plupart de ses bras étaient repliés, mais avec trois longs tentacules elle attrapait des tringles, des barres qui garnissaient