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la dissipation, n’avait fait aucun préparatif de défense ; Lascaris, son gendre, ressent des troupes et tenta de disputer le passage du Bosphore ; les Grecs furent battus à la vue de leurs concitoyens, et le siége commença aussitôt. Les Latins déployèrent une valeur qui suppléa à leur petit nombre ; cependant leur camp était menacé par la famine, et insulté à tous moments, soit par des partis répandus dans la campagne, soit par les sorties des assiégés, auxquels le brave Théodore Lascari inspirait une partie de son courage. Enfin l’assaut général eut lieu, les croisés pénétrèrent dans la ville ; mais on combattit encore dans les rues, et les succès furent partagés sur différents points. La nuit vint suspendre le combat. L’empereur, effrayé des périls de cette journée, s’était réfugié dans son palais ; des courtisanes et de lâches flatteurs lui conseillèrent la retraite. Il prit secrètement ce parti, se jeta dans une barque avec sa fille Irène et ce qu’il put rassembler de ses trésors, et se réfugia à Zagora, ville de Thrace, abandonnant ainsi le sceptre, l’impératrice et ses autres enfants. On tira Isaac de sa prison, et ce fut lui qui reçut son fils dans Constantinople. L’usurpateur détrône fit quelques efforts pour recouvrer l’empire, et s’avança avec des troupes jusqu’à Andrinople ; mais cette tentative n’eut point de succès. En 1204, Alexis Murzuphle, que les Latins avaient chassé du trône de Constantinople, vint se joindre au fugitif Alexis. Celui-ci ne vit dans Murzuphle qu’un compétiteur de plus, il lui fit crever les yeux. Alexis, après avoir erré dans la Grèce, et vu successivement détruire toutes ses ressources, fut contraint, en 1205, de se remettre à discrétion, avec sa femme Euphrosine qui l’avait rejoint, entre les mains de Boniface, marquis de Montferrat, alors maître d’une grande partie de l’empire. L’empereur détrôné fut relégué dans la Lombardie ; mais, après la mort de Boniface, il obtint sa liberté, et, en 1210, il se rendit en Asie, où Théodore Lascaris s’était maintenu successivement contre les empereurs Alexis IV, Alexis Murzuphle, Baudouin et Henri. Alexis ayant fait réclamer inutilement, par son allié, le sultan d’Iconium, la couronne que Lascaris ne devait qu’à son courage, marcha contre lui avec des forces considérables ; mais Lascaris le défit, s’empara de sa personne, et tua le sultan. Alexis fut confiné dans le monastère de Nicée, où il finit une vie déshonorée par des vices odieux, et par une lâcheté non moins honteuse. L-S-e.


ALEXIS IV (le Jeune), empereur de Constantinople, était fils d’Isaac l’Ange, qui fut détrôné et privé de la vue Alexis III. L’usurpateur crut que ce crime suffisait pour assurer le sceptre dans sa main, et laissa malheureux Isaac jouir de quelque liberté ; ce prince en profita pour former des relations avec les princes d’Occident. Ce fut le jeune Alexis, son fils, qu’il chargea de trouver des secours et des vengeurs. Alexis sortit de Constantinople, en 1202, à la faveur d’un déguisement, et se rendit d’abord en Sicile, d’où il implora l’appui de sa sœur Irène, qui avait épousé Philippe, empereur d’Allemagne et roi de Sicile. Dans ce moment les chefs de la cinquième croisade étaient rassemblés dans l’État de Venise, plusieurs avaient des ressentiments particuliers contre Alexis III. Le jeune Alexis les trouva disposés à embrasser sa querelle, et, malgré la défense du pape et l’opposition de plusieurs croisés, la flotte mit a la voile et cingla vers Constantinople. Elle arriva à la vue de cette ville au mois de juin. Les premiers succès des croisés les rendirent maîtres du détroit et du port. Cependant leur nombre était inférieur à celui des assiégés, chez qui la haine contre les Latins suppléait au peu d’attachement qu’ils avaient pour leur prince. Le jeune Alexis voulut tenter un accommodement : on le le reçut à coups de flèches. Enfin, après des combats multipliés, les Français et les Vénitiens se résolurent à livrer un double assaut par mer et par terre. Le brave Dandolo, à la tête des Vénitiens, pénètre dans la ville, et y met le feu, qui s’étend avec fureur, et sépare les combattants par un mur de flammes ; Théodore Lascaris profite de ce moment, rassemble les Grecs, et marche contre les Français qui assiégeaient la ville à l’occident. À cette nouvelle, les Vénitiens, arrêtés par l’incendie, se rembarquent pour porter du secours à leurs alliés que les Grecs menaçaient ; ceux-ci n’osèrent attaquer les Latins, et rentrèrent à la nuit dans Constantinople. Le lendemain, le jeune Alexis et les croisés apprirent, avec autant de joie que d’étonnement, que le tyran effrayé s’était sauvé pendant la nuit, qu’Isaac avait été tiré de prison et remis sur le trône, et qu’Alexis était attendu pour le partager. Avant de prendre le sceptre, le jeune prince se vit forcé de renouveler les promesses qu’il avait faites aux croisés pour les engager à le secourir. Ceux-ci demandaient à grands cris les sommes qu’on s’était engagé à leur payer, et, comme l’épuisement de l’empire ne laissait pas la possibilité de les trouver sur-le-champ, il fallut consentir à ce que ces hôtes turbulents prolongeassent leur séjour dans la capitale et dans l’empire, et y exerçassent toutes sortes de vexations. Cependant Alexis entreprit une expédition contre le tyran détrôné ; mais, après l’avoir poursuivi quelque temps, il rentra dans Constantinople, où il se livra aux plaisirs et à l’indolence. Sa faiblesse, presque égale à l’imbécillité de son père Isaac, les subsides qu’il fallut lever pour satisfaire les Latins, la condescendance que leur témoignait Alexis, indignèrent les Grecs. Alexis Ducas, surnommé Murzuphle, homme dévoré d’ambition, et qui s’était insinué dans la faveur du jeune empereur, se déclara contre les Latins ; il poussa les deux empereurs à des entreprises imprudentes contre les croisés : elles échouèrent honteusement ; mais la haine des Grecs redoubla contre leurs faibles souverains. On agita tout haut leur déposition ; Alexis, toujours trahi par Murzuphle, fit demander en secret des secours aux Latins ; mais, la nuit suivante, il fut arrêté par son perfide favori ; le vieil Isaac, à cette nouvelle, mourut de douleur. On donna deux fois du poison au jeune Alexis, deux fois il évita la mort. Murzuphle, impatient, descendit lui-même dans son cachot, le 8 février 1204 ; et, après avoir diné avec sa victime, il l’étrangla de ses propres mains, et lui