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pardonna sans peine, et, deux ans après, il l’envoya en Suède avec une mission peut-être encore plus délicate, celle de faire concourir ce royaume, contre ses intérêts les plus évidents, au système continental. Alquier, se rappelant que les moyens de persuasion et de douceur ne lui avaient pas réussi à Rome, prit un autre ton à la cour de Stockholm. Dès le mois de novembre 1810, il adressa au ministre d’Engatrom une note extrêmement violente, et qui effraya le gouvernement suédois au point de lui faire déclarer aussitôt la guerre à l’Angleterre. Cependant, un peu plus tard, les souffrances du commerce et l’influence de Bernadette, devenu prince royal de Suède, décidèrent le cabinet de Stockholm à montrer un peu plus d’énergie. Aussitôt qu’Alquier vit que l’on mettait moins d’empressement à remplir ses ordres, il s’éloigna sans prendre congé, comme il avait fait à Naples, et se rendit Copenhague avec le titre de ministre plénipotentiaire que lui fit parvenir Napoléon. Là, comme à Stockholm, il prit le ton de la menace et de la violence ; et ce fut par de pareils moyens qu’il entraîna le Danemark dans une alliance avec la France et dans une guerre contre la Suède, qui devait en définitive lui faire perdre la Norwége. Si une telle soumission aux injonctions de l’ambassadeur de Napoléon atteste la faiblesse de la puissance danoise, elle prouve du moins l’habileté de l’ambassadeur français ; et elle le prouve d’autant mieux, qu’Alquier réussit à tenir ainsi le Danemark dans les mains de la France jusqu’à la chute de Napoléon ; et que, lorsqu’il fut rappelé dans le mois de juin 1814 par Louis XVIII, il partit comblé de présents par Frédéric VI. Revenu en France, Alquier vécut dans la retraite ; mais il fut exilé comme régicide par la loi du 12 janvier 1816. Il se rendit en Belgique, où il habita la petite ville de Vilvorde jusqu’à ce qu’un de ses anciens collègues à la convention nationale, Boissy d’Anglas, devenu pair de France, eut obtenu sa rentrée. De retour à Paris au commencement de 1818, il se tint fort paisible et mourut le 4 février 1826. Alquier était né bon, mais faible ; il avait l’esprit cultivé, fin et piquant ; il aimait les jouissances douces. On doit conclure de tout cela que sa place n’était point a la convention nationale. On a trouvé dans les archives, impériales son portrait fait avec assez de vérité par un de ses collègues à l’assemblée constituante (Régnaut de St-Jean d’Angély), qui le connaissait bien : « Il est difficile d’avoir plus d’esprit, un tact plus fin, plus de tenue et d’aménité. Il connaît beaucoup les hommes et les choses de la révolution ; il connaît Paris ; et, quoi qu’on en dise aujourd’hui, il faisait la police sous Cochon, dont il était l’ami et l’inséparable conseil. On lui reproche une grande poltronnerie et beaucoup de paresse ; le travail lui fait peur ; mais il sait faire travailler. Sa conception facile et son coup d’œil juste le dispensent d’une occupation longue. Un rien lui fait peur, et dans le moment du danger je doute qu’il garde sa tête… On ne lui reproche aucun fait, soit comme conventionnel, soit comme constituant. Depuis thermidor, envoyé en Hollande, il s’y est conduit avec dignité et circonspection… Envoyé à Munich, il donnait au directoire de bons renseignements et des avis qui furent négligés. Alquier est patriote ; mais il se voile dans les salons, et quelquefois il semble y demander excuse de la part qu’il a prise à la révolution, dont il aime les vrais principes et le beau caractère. » Le but de cette note était, comme on le voit, de faire nommer Alquier préfet de police. Bonaparte, qui savait que dans cette place il faut souvent de la force et du courage, lui préféra Dubois. M-d j.


ALRED, ou ALURED, historien anglais, qui vivait au commencement du 12e siècle, et naquit à Beverley, dans l’Yorkshire. Il étudia à Cambridge, et fut nommé chanoine et trésorier de l’église de St-Jean, à Beverley. Ce fut dans cette ville qu’il écrivit en latin ses Annales, contenant l’histoire des anciens Bretons, des Saxons et des Normands, jusqu’à l’année 1129, 29e du règne de Henri Ier. Quelques écrivains ont regardé cet ouvrage comme un abrégé de l’Histoire d’Angleterre par Geoffroy de Montmouth ; mais cet historien doit être postérieur à Alred, car, en 1150 et 151, il fut fait évêque de St-Asaph ; de plus, Ralph Higden, qui écrivit environ quatre siècles après Alred et Geoffroy, les cite l’un et l’autre comme doux autorités distinctes. Les Annales d’Afred furent imprimées à Oxford, en 1716, par Hearne, qui y joignit une préface. Alred avait puisé ses matériaux dans de bonnes sources, et son style est à la fois élégant et concis ; il a été appelé, avec quelque raison, le Florus de l’Angleterre ; car, dans le plan et dans l’exécution, il a de grandes ressemblances avec l’historien latin. On peut s’étonner qu’il n’existe nulle part, ni même en Angleterre, aucune traduction de ses Annales. Alred a encore compose : Libertates Ecclosiæ sancti Joannis de Beverlik, cum privilegiis apostoliois, etc. Cet outrage n’a jamais été imprimé. Alred mourut en 1130, dans sa patrie. D-t.


ALSACE (Thomas-Louis de Hénin-Liétard, appelé le cardinal d’), prélat du 18e siècle, plus distingué encore par l’élévation de son caractère et la sainteté de ses mœurs, que par l’illustration de son origine, qui remontait à Thierry d’Alsace, comte de Flandre, fils puîné de Théodoric le Vaillant, duc de Lorraine. Cadet de sa maison, lorsqu’il s’était voué à l’état ecclésiastique, il devint l’aîné par la mort de son frère, Charles-Louis-Antoine, prince de Chimai, grand d’Espagne, chevalier de la Toison d’or, et lieutenant général dans les deux services d’Espagne et de France, mort en 1740, sans laisser de postérité. Thomas, alors archevêque de Malines, primat des Pays-Bas, et décoré de la pourpre romaine, ne retint de cet héritage que quelques fonds destinés à augmenter ses aumônes, et transmit aussitôt la principauté de Chimai, ainsi que la grandesse, à son frère puîné, Alexandre-Gabriel, qui fut gouverneur d’Oudenarde, et le sixième de son non, cavalier de la toison d’or. Enfermé, en