Page:Michel Corday - Les Hauts Fourneaux, 1922.djvu/130

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Et il prédit : « Le pays ne pourra pas supporter cette loi imposée à la légère. Avant deux ans, il faudra y renoncer ou faire la guerre. »

Mais il est entouré de gens qui proclament à l’envi « qu’il faut s’armer de plus en plus, jusqu’aux dents, pour effrayer l’adversaire et empêcher la guerre. »

En effet, l’adversaire se dit effrayé. L’ambassadeur d’Allemagne a Paris a confié au baron Guillaume : « On est persuadé en Allemagne qu’il y a lieu de craindre une attaque de nos voisins. En France, on professe les mêmes craintes à notre égard. La conséquence de ces malentendus est de nous ruiner tous deux. Où allons-nous dans cette voie périlleuse ? »

Et cette crainte mutuelle que s’inspirent les deux adversaires, le baron Beyens l’observe à Berlin, en juin 1914. Après avoir regretté que M. Poincaré et ses ministres « n’aient pas examiné avec plus de sang-froid s’il n’y avait pas de meilleur moyen d’assurer la paix entre la France et l’Allemagne que cette concurrence des armements et cette augmentation des effectifs », il constate que « l’agitation en faveur des trois ans a provoqué une plus grande tension dans les rapports des deux pays. En Allemagne, l’idée est acceptée sans contrôle par les meilleurs esprits