Page:Michelet - Histoire de France - Lacroix 1880 tome 1.djvu/141

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Romains, avaient en quelque sorte resserré l’unité de l’Empire, compromise par César, en éloignant du gouvernement les provinciaux, les barbares. Leurs successeurs, Caligula, Claude et Néron, adoptèrent une marche toute opposée. Ils descendaient d’Antoine, de l’ami des barbares ; ils suivirent l’exemple de leur aïeul ; déjà le père de Caligula, Germanicus, avait affecté de l’imiter. Caligula, né, selon Pline, à Trêves, élevé au milieu des armées de Germanie et de Syrie, montra pour Rome un mépris incroyable. Une partie des folies que les Romains lui reprochèrent trouve en ceci une explication ; son règne violent et furieux fut une dérision, une parodie de tout ce qu’on avait révéré. Époux de ses sœurs, comme les rois d’Orient, il n’attendit pas sa mort pour être adoré ; il se fit dieu dès son vivant ; Alexandre, son héros, s’était contenté d’être fils d’un dieu. Il arracha le diadème au Jupiter romain, et se le mit lui-même[1]. Il affubla son cheval des ornements du consulat. Il vendit à Lyon pièce à pièce tous les meubles de sa famille, abdiquant ainsi ses aïeux et prostituant leurs souvenirs. Lui-même voulut remplir l’office d’huissier-priseur et de vendeur à l’encan, faisant valoir chaque objet, et les faisant monter bien au delà de leur prix : « Ce vase, disait-il, était à mon aïeul Antoine ; Auguste le conquit à la bataille d’Actium. » Puis il institua à l’autel d’Auguste des jeux burlesques et terribles, des combats d’éloquence, où le vaincu devait effacer ses écrits avec la

  1. Un Gaulois le contemplait en silence. « Que vois-tu donc en moi ? lui dit Caligula. — Un magnifique radotage. » L’empereur ne le fit pas punir ; ce n’était qu’un cordonnier. (Dion Cassius.)