Page:Michelet - Histoire de France - Lacroix 1880 tome 1.djvu/340

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chefs des guerriers. Aux festins du couronnement impérial, les électeurs tenaient à honneur d’apporter le boisseau d’avoine, et de mettre les plats sur la table. Chez ces nations, quiconque est grand dans le palais est grand dans le peuple. Le plus grand du palais (major) devait être le premier des leudes, leur chef dans la guerre, leur juge dans la paix. Or, à une époque où les hommes libres avaient intérêt à être sous la protection royale, in truste regiâ, à devenir antrustions et leudes, le juge des leudes dut peu à peu se trouver le juge du peuple.

Le maire Ébroin avait entrepris l’impossible, établir l’unité, lorsque tout tendait à la dispersion ; fonder la royauté, quand les grands se fortifiaient de toutes parts. Les deux moyens qu’il prit pour y parvenir étaient utiles, si on eût pu les employer. Le premier fut de choisir les ducs et les grands dans une autre province que celle où ils avaient leurs possessions, leurs esclaves, leurs clients ; isolés ainsi de leurs moyens personnels de puissance, ils auraient été les simples hommes du roi, et n’auraient pas rendu les charges héréditaires dans leur famille. En outre, Ébroin paraît, avoir essayé de rapprocher les lois, les usages divers des nations qui composaient l’empire des Francs ; cette tentative sembla tyrannique, et elle l’était en effet à cette époque.

Aussi l’Ostrasie échappa d’abord à Ébroin ; elle exigea un roi, un maire, un gouvernement particulier. Puis, les grands d’Ostrasie et de Bourgogne, entre autres saint Léger, évêque d’Autun, neveu de Dido, évêque de Poitiers (tous deux étaient amis des Pépin)