Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/304

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soin de se tenir cachée ce jour-là. Son mari l’ayant surprise, elle disparut. Ce mari, c’était Geoffroi à la Grand’Dent, dont on voyait encore l’image à Lusignan, sur la porte du fameux château. Toutes les fois qu’il devait mourir quelqu’un de la famille, Mélusine paraissait la nuit sur les tours, et poussait des cris.

La véritable Mélusine, mêlée de natures contradictoires, mère et fille d’une génération diabolique, c’est Éléonore de Guyenne. Son mari la punit des rébellions de ses fils en la tenant prisonnière dans un château fort, elle qui lui avait donné tant d’États. Cette dureté d’Henri II est une des causes de la haine que lui portèrent les hommes du Midi. L’un d’eux, dans une chronique barbare et poétique, exprime l’espérance qu’Éléonore sera bientôt délivrée par ses fils. Selon l’usage de l’époque, il applique à toute cette famille la prophétie de Merlin[1] :

« Tous ces maux-là sont arrivés depuis que le roi de l’Aquilon a frappé le vénérable Thomas de Kenterbury. C’est la reine Aliénor que Merlin désigne comme « l’Aigle du traité rompu… » Réjouis-toi donc, Aquitaine, réjouis-toi, terre de Poitou ! le sceptre du roi de l’Aquilon va s’éloigner. Malheur à lui ! Il a osé lever la lance contre son seigneur, le roi du Sud…

« Dis-moi, aigle double[2], dis-moi, où donc étais-tu quand tes aiglons, s’envolant du nid paternel, osèrent dresser leurs serres contre le roi de l’Aquilon ?… Voilà

  1. La prophétie était : « Aquila rupli fœderis tertia nidificatione gaudebit. »
  2. « Aquila bispertita. Il désigne ainsi Éléonore. »