Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/114

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Elle brille avec tout son éclat, sa douce et féconde puissance, dans la Profession de foi du vicaire savoyard. Dieu même soumis à la Justice, Dieu sujet du Droit ! — Disons mieux : Dieu et Droit sont identiques.

Si Rousseau eût parlé dans les termes de Mirabeau, sa parole n’eût pas agi. Autres temps, autres besoins. — À un monde prêt pour agir, le jour même de l’action, Mirabeau dit : « Le Droit est le souverain du monde », vous êtes les sujets du Droit. — À un monde endormi encore, faible, inerte et sans élan, Rousseau dit et devait dire : « La volonté générale, c’est le Droit et la Raison. » Votre volonté, c’est le Droit. Réveillez-vous donc, esclaves !

« Votre volonté collective, c’est la Raison elle-même. » Autrement dit : Vous êtes dieux.

Et qui donc, sans se croire dieu, pourrait faire aucune grande chose ?… C’est ce jour-là que vous pouvez, tranquille, passer le pont d’Arcole : c’est ce jour qu’on s’arrache, au nom du devoir, son plus cher amour, son cœur…

Soyons dieu ! L’impossible devient possible et facile… Alors, renverser un monde, c’est peu ; mais on crée un monde.

Et voilà ce qui explique pourquoi ce faible souffle sorti d’une poitrine d’homme, cette mélodie échappée du cœur du pauvre musicien nous ressuscita.

La France est remuée en ses profondeurs. L’Europe en est toute changée. La vaste, la massive Allemagne tressaille sur ses vieux fondements. Ils critiquent,