Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 2.djvu/199

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de Paris, d’où sortiront tout à l’heure les municipalités régulières.

Les gouvernements de villes (comme celui de l’État), échevins, notables, etc., s’en vont la tête basse par la porte de derrière, laissant à la commune qu’ils administraient des dettes pour souvenir.

La bastille financière que l’oligarchie des notables fermait si bien à tous les yeux, la caverne administrative[1], apparaît au jour. Les informes instruments de ce régime équivoque, l’embrouillement des papiers, la savante obscurité des calculs, tout cela est traîné à la lumière.

Le premier cri de cette liberté (qu’ils appellent l’esprit de désordre), c’est au contraire : ordre et justice.

L’ordre, dans la pleine lumière. — La France dit à Dieu comme Ajax : « Fais-moi plutôt périr à la clarté des cieux ! »

Ce qu’il y avait de plus tyrannique dans la vieille tyrannie, c’était son obscurité. Obscurité du roi au peuple, du corps de ville à la ville, obscurité non moins profonde du propriétaire au fermier… Que devait-on en conscience payer à l’État, à la commune, au seigneur ?… Nul ne pouvait le savoir. La plupart payaient ce qu’ils ne pouvaient même lire. L’ignorance profonde où le grand instituteur du peuple, le Clergé, l’avait retenu, le livrait, aveugle

  1. Voir, dans Leber, le honteux tableau de cette ancienne administration municipale, les gratifications que se faisaient donner les échevins, etc. Lyon était endettée de vingt-neuf millions ! etc., etc.