Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 2.djvu/204

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et villages, villes et villes, de grandes confédérations de protection mutuelle.

On est tout près de bénir ces périls, quand on voit, qu’ils forcent les hommes de sortir de l’isolement, les arrachent à leur égoïsme, les habituent à se sentir vivre dans les autres, qu’ils éveillent en ces âmes engourdies d’un sommeil de plusieurs siècles la première étincelle de fraternité.

La loi vient reconnaître, autoriser, couronner tout cela ; mais elle ne le produit point.

La création des municipalités, la concentration dans leurs mains de pouvoirs même non communaux : contributions, haute police, disposition de la force armée, etc.), cette concentration qu’on a reprochée à l’Assemblée, n’était pas l’effet d’un système, c’était la simple reconnaissance d’un fait. Dans l’anéantissement de la plupart des pouvoirs, dans l’inaction volontaire (souvent perfide) de ceux qui restaient, l’instinct de la conservation avait fait ce qu’il fait toujours : les intéressés avaient pris eux-mêmes leurs affaires en main. Et qui n’est intéressé dans de telles crises ? Celui qui n’a point de propriété, celui qui n’a rien, comme on dit, a pourtant encore ce qui est bien plus cher qu’aucune propriété, une femme, des enfants à défendre.

La nouvelle loi municipale créa douze cent mille magistrats municipaux. L’organisation judiciaire créa cent mille juges (dont cinq mille juges de paix, quatre-vingt mille assesseurs des juges de paix). Tout cela pris dans les quatre millions deux cent quatre-