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LES VENDÉENNES EN 90 ET 91

ordres du prêtre ? Il n’y est pas aujourd’hui. – Oui, mais il y fut hier. Il fallait bien qu’il vînt le samedi confesser les religieuses. Confesseur et directeur, il ne les dirige pas seules, mais par elles bien d’autres encore ; il confie à ces sœurs passionnés, à ces langues infatigables, tel secret qu’on veut faire savoir, tel faux bruit qu’on veut répandre, tel signal qu’on veut faire courir. Immobile dans sa retraite, par ces nonnes immobiles, il remue toute la contrée.

Femme et prêtre, c’est là tout, la Vendée, la guerre civile.

Notez bien que, sans la femme, le prêtre n’aurait rien pu.

« Ah ! brigandes, disait un soir un commandant républicain, arrivant dans un village où les femmes seules restaient, lorsque cette guerre effroyable avait fait périr tant d’hommes, ce sont les femmes, disait-il, qui sont cause de nos malheurs ; sans les femmes, la République serait déjà établie, et nous chez nous tranquilles… Allez, vous périrez toutes, nous vous fusillerons demain. Et, après-demain, les brigands viendront eux-mêmes nous tuer. » (Mémoires de Mme de Sapinaud.)

Il ne tua pas les femmes. Mais il avait dit en réalité, le vrai mot de la guerre civile. Il le savait mieux que tout autre. Cet officier républicain était un prêtre qui avait jeté la soutane ; il savait parfaitement que toute l’œuvre des ténèbres s’était accomplie par l’intime et profonde entente de la femme et du prêtre.

La femme, c’est la maison ; mais c’est tout autant l’église et le confessionnal. Cette sombre armoire de chêne, où la femme, à genoux, parmi les larmes et