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Mlle KÉRALIO

d’une ancienne amie, vous demander un asile ; il ne faut pas vous avoir beaucoup vue pour croire à la franchise de votre caractère et de votre patriotisme. Mon mari rédigeait la pétition sur l’autel de la Patrie ; j’étais à ses côtés ; nous échappons à la boucherie, sans oser nous retirer, ni chez nous, ni chez des amis connus, où l’on pourrait nous venir chercher. — Je vous sais bon gré, lui répliquai-je d’avoir songé à moi dans une aussi triste circonstance, et je m’honore d’accueillir les persécutés ; mais vous serez mal cachés ici (j’étais à l’hôtel Britannique, rue Guénégaud) ; cette maison est fréquentée, et l’hôte est fort partisan de La Fayette. — Il n’est question que de cette nuit demain nous aviserons à notre retraite. » Je fis dire à la maîtresse de l’hôtel qu’une femme de mes parentes, arrivant à Paris dans ce moment de tumulte, avait laissé ses bagages à la diligence, et passerait la nuit avec moi ; que je la priais de faire dresser deux lits de camp dans mon appartement. Ils furent disposés dans un salon où se tinrent les hommes, et Mme Robert coucha dans le lit de mon mari, auprès du mien, dans ma chambre. Le lendemain matin, levée d’assez bonne heure, je n’eus rien de plus pressé que de faire des lettres pour instruire mes amis éloignés de ce qui s’était passé la veille. M. et Mme Robert, que je supposais devoir être bien actifs, et avoir des correspondances plus étendues, comme journalistes, s’habillèrent doucement, causèrent après le déjeuner que je leur fis servir, et se mirent au balcon sur la rue ; ils allèrent même jusqu’à appeler par la fenêtre et faire monter près d’eux un passant de leur connaissance.