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EXÉCUTIONS DE FEMMES

tive est réellement impossible. Il n’y a contre les femmes aucun moyen sérieux de répression. La simple prison est déjà chose difficile : Quis custodiet ipsos custodes ? Elles corrompent tout, brisent tout point de clôture assez forte. Mais les montrer à l’échafaud, grand Dieu ! Un gouvernement qui fait cette sottise se guillotine lui-même. La nature, qui par-dessus toutes les lois place l’amour et la perpétuité de l’espèce, a par cela même mis dans les femmes ce mystère (absurde au premier coup d’œil) : Elles sont très responsables, et elles ne sont pas punissables. Dans toute la, Révolution, je les vois violentes, intrigantes, bien souvent plus coupables que les hommes. Mais, dès qu’on les frappe, on se frappe. Qui les punit se punit. Quelque chose qu’elles aient faites, sous quelque aspect qu’elles paraissent, elles renversent la justice, en détruisent toute idée, la font nier et maudire. Jeunes, on ne peut les punir. Pourquoi ? Parce qu’elles sont jeunes, amour, bonheur, fécondité. Vieilles, on ne peut les punir. Pourquoi ? Parce qu’elles sont vieilles, c’est-à-dire qu’elles furent mères, qu’elles sont restées sacrées, et que leurs cheveux gris ressemblent à ceux de votre mère. Enceintes !… Ah ! c’est là que la pauvre justice n’ose plus dire un seul mot ; à elle de se convertir, de s’humilier, de se faire, s’il le faut, injuste. Une puissance est ici qui brave la loi ; si la loi s’obstine, tant pis ; elle se nuit cruellement, elle apparaît horrible, impie, l’ennemie de Dieu !

Les femmes réclameront peut-être contre tout ceci ; peut-être elles demanderont si ce n’est pas les faire éternellement mineures que leur refuser l’échafaud ; elles diront qu’elles veulent agir, souffrir les consé-