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LES FEMMES DU 6 OCTOBRE (89)

liarité qui fit rire, mais touchante, et qui révélait un sens parfait de la situation : « Pauvre homme ! disaient-elles en regardant le roi, cher homme ! bon papa ! » — Et plus sérieusement à la reine « Madame, madame, ouvrez vos entrailles !… ouvrons-nous ! » Ne cachons rien, disons bien franchement ce que nous avons à dire. »

Ces femmes des marchés ne sont pas celles qui souffrent beaucoup de la misère ; leur commerce, portant sur les objets nécessaires à la vie, a moins de variations. Mais elles voient la misère mieux que personne, et la ressentent ; vivant toujours sur la place, elles n’échappent pas, comme nous, au spectacle des souffrances. Personne n’y compatit davantage, n’est meilleur pour les malheureux. Avec des formes grossières, des paroles rudes et violentes, elles ont souvent un cœur royal, infini de bonté. Nous avons vu nos Picardes, les femmes du marché d’Amiens, pauvres vendeuses de légumes, sauver le père de quatre enfants qu’on allait guillotiner : c’était le moment du sacre de Charles X ; elles laissèrent leur commerce, leur famille, s’en allèrent à Reims, elles firent pleurer le roi, arrachèrent la grâce, et, au retour, faisant entre elles une collecte abondante, elles renvoyèrent, sauvés, comblés, le père, la femme et les enfants.

Le 5 octobre, à sept heures, elles entendirent battre la caisse, et elles ne résistèrent pas. Une petite fille avait pris un tambour au corps de garde, et battait la générale. C’était lundi ; les Halles furent désertées, toutes partirent : « Nous ramènerons, disaient-elles, le boulanger, la boulangère. Et nous aurons l’agrément d’entendre notre petite mère Mirabeau.