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CONCLUSION

restait encore, quelle chance pour un renouvellement.

Entouré de cette foule, où plusieurs avaient foi, plus qu’un autre affecté des signes effrayants d’une, caducité de Bas-Empire, je regardais avec inquiétude autour de moi. Que voyais-je devant ma chaire ? Une brillante, jeunesse, charmant, sympathique auditoire et le plus pénétrant qui fut jamais dévoué à l’idée ! ah ! plus d’un l’a prouvé !… Mais pour un grand nombre pourtant recueil était l’excès de la culture, la curiosité infinie, la mobilité, de l’esprit, des amours passagers pour tel et tel système, un faible pour les utopies ingénieuses qui promettent un monde harmonique sans lutte et sans combat, qui, rendant par cela toute privation inutile, feraient disparaître d’ici la nécessité du sacrifice et l’occasion du dévouement.

Le sacrifice est la loi de ce monde. Qui se sacrifiera ?

Telle était la question que je m’adressais tristement.

« Dieu me donne un point d’appui ! disait le philosophe, et je me charge d’enlever le globe ! »

Nul autre point d’appui que la disposition au sacrifice.

Le devoir y suffirait-il ? Non, il y faut l’amour.

« Qui aime encore ? » C’est la seconde question que le moraliste devait s’adresser.

Question déplacée ? Nullement, dans le monde de glace, d’intérêt croisant, d’égoïsme, d’intrigue politique, de banque, de bourse, dont nous nous sentons entourés.

« Qui aime ? (La nature me fit cette réponse.) Qui aime ? c’est la femme.