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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

héroïques dans les grandes circonstances. On en vit cinq cents, en Égypte, arrêter, repousser une armée de Mamelucks, de ces brillants cavaliers, montés, armés royalement, dont chacun, dit Napoléon, valait trois cavaliers d’Europe.

Est-ce à dire que ces hommes obscurs, qui firent dans leur simplicité tant de grandes choses, en réclament le salaire, qu’ils s’indignent du silence de l’histoire dans leur tombe inconnue ? Non, ce qu’ils ont voulu ils l’ont : suivre le devoir servir la patrie, voilà tout ce qu’ils demandaient. Ils ont emporté cela avec eux ; leur journée est faite, ils reposent, bons ouvriers de la guerre, paisibles comme la nature qui fleurit les champs de bataille où ils se sont endormis. Mais s’ils peuvent être satisfaits, nous, nous ne devons pas l’être. C’est notre œuvre à nous, leurs frères, à nous ouvriers de la pensée, de renouveler leur mémoire, d’exhumer leur souvenir, trop longtemps absorbé dans la gloire de quelques-uns.

Œuvre de travail immense, de justice et de vérité Elle seule peut cependant acquitter la dette de la patrie. Elle seule rend l’histoire morale et féconde. Nous l’avons commencée, cette œuvre, dans notre faiblesse. D’autres la reprendront dans leur force. Déjà notre Histoire de la Révolution a restitué aux masses la plupart des grandes choses dont on faisait honneur à tel individu ; elle n’a pas nié les héros, mais montré qu’ils ne furent grands qu’en représentant la pensée de tous.

La voie est ouverte ; l’histoire militaire y entrera, nous l’espérons. Plus qu’elle n’a fait jusqu’ici, elle descendra dans les profondeurs vivantes, elle voudra