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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

Les grandes aventures de ces héros étaient dans toutes les bouches. Elles avaient créé, en Bretagne, une tradition de patriotisme vraiment admirable. Peu d’années avant la naissance de La Tour d’Auvergne, un Breton, M. de Plélo, avait rempli l’Europe d’admiration par un dévouement inouï. La France avait promis de soutenir le nouveau roi de Pologne. Un vieux prêtre qui nous gouvernait, le cardinal Fleury, envoya un secours dérisoire de quelques cents hommes qui devaient entrer dans Dantzig assiégé d’une grande armée russe. Ils revenaient honteusement, n’ayant pu entrer. Plélo, alors ambassadeur en Danemarck, vit cette honte et déclara qu’il ne pouvait y survivre. Il écrivit au ministre : « Recevez ma démission. Je vous recommande mes enfants. » Puis, avec quinze cents Français, il marcha tranquillement contre quarante mille Russes, se fit tuer, et releva l’honneur de la France.

Voilà les traditions qui entouraient le berceau de La Tour d’Auvergne.

L’esprit breton, héroïque et romanesque, parfois peut être chimérique, nourri au Moyen âge de légendes et de miracles, plus tard des miracles vrais de la guerre et de la marine, cherchait au dix-huitième siècle un nouvel aliment dans l’érudition. Un avocat, nommé Lebrigant, très savant, très ingénieux, fut le maître de La Tour d’Auvergne et le jeta dans cette carrière.

Lebrigant, esprit systématique, parfois un peu visionnaire, n’en était pas moins un grand, patriote, profondément dévoué à la Bretagne, à la France. Éclairé par ce patriotisme, parmi beaucoup de choses