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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION


IV


Le patriotisme de La Tour d’Auvergne eut tout d’abord une belle récompense. On l’envoya aux Alpes et là, au lieu de guerre, il eut le plus touchant spectacle qu’ait peut-être offert la Révolution, l’élan de la Savoie se jetant aux bras de la France.

Jamais deux frères séparés par le temps et l’absence, réunis tout à coup par un miracle inattendu, n’eurent un pareil embrassement, de telles étreintes. À l’encontre de nos canons, ils roulaient des voitures de vin, des arbres de liberté, chargés de rubans, de guirlandes ; les femmes et les enfants désarmaient nos soldats, leur arrachaient le drapeau tricolore, et disaient « C’est le nôtre ! » Soixante mille Savoyards à la fois descendirent des montagnes chantant la Marseillaise. Français et Savoyards pleuraient.

Il n’y avait rien à faire pour un soldat du côté de la Savoie. La Tour d’Auvergne retourna aux Pyrénées. Notre situation n’y était pas brillante. C’était une armée toute novice, de volontaires, de gardes natio-