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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

française. « De grâce, dit l’Espagnol, pour sauver l’honneur, tirez au moins un coup de canon. » Il lui accorda cette grâce, tira sa petite pièce, et reçut en échange une immense volée de boulets et de mitraille. L’Espagnol fut tout surpris de le voir revenir en vie le sommer de tenir sa parole. Il lui remit la citadelle.

Les Basques qu’il avait à conduire étaient, il est vrai, admirables pour cette guerre d’aventures. Dès qu’ils avaient senti la poudre, habitué leurs oreilles au bruit, La Tour d’Auvergne leur faisait faire des choses fabuleuses.

— Vous voyez bien, leur disait-il, ce pic inaccessible… Nous y ferons une batterie. » Et ils en venaient à bout. Les Espagnols voyaient les boulets leur tomber des nuages.

Une fois, à l’attaque d’une maison crénelée, les siens étaient criblés de coups qu’on tirait par les meurtrières : « Faisons comme eux, » dit-il. Les Basques n’hésitent pas à obéir, ils passent de leur côté leurs fusils dans les meurtrières ; les deux partis tiraient à bout portant.

Un jour que l’armée battait en retraite, il prend cent cinquante hommes résolus, et, dans un passage étroit, il arrête, en deux heures, trois mille Espagnols.

L’acte le plus audacieux de cette guerre fut le passage du val d’Aran. L’entrée en était obstruée par les neiges. Elles avaient comblé de profonds précipices puis la gelée était venue dessus, cette croûte de glace faisait voûte. Il s’agissait de savoir si l’on se hasarderait sur ce pont dangereux. Il pouvait fondre sous le poids, ou sous un rayon de soleil ; on descendait alors dans des gouffres sans fond. Il fit sonder