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DESAIX

Desaix pour l’envelopper, était fort en péril, si Desaix n’était revenu.

Desaix fit exactement le contraire de Grouchy à Waterloo. Grouchy s’en tint à l’ordre donné et ne bougea pas. Desaix, jugeant la situation changée, entendant le canon lointain, ne tint plus compte de l’ordre, revint et rétablit la bataille.

Il arrive au Premier Consul. Les généraux l’entourent ; ils lui content la journée, lui montrent la situation. Tous sont d’avis de faire retraite. Bonaparte ne dit rien, et presse vivement Desaix de parler.

Desaix regarde le champ de bataille ; puis, tirant sa montre « Oui, dit-il, la bataille est perdue ; mais il n’est que trois heures, nous avons encore le temps d’en gagner une autre. »

Simple et noble parole, qui témoigne, pour l’avenir, et de son cœur indomptable et du jugement qu’il faisait d’une armée qui, brisée, décimée, pouvait, sur le même champ de bataille et le même jour, ressaisir la victoire !

Les troupes fraîches qu’il ramenait avancent pour heurter de front les Autrichiens, les arrêter, pendant que l’armée, ralliée, se jettera sur leur flanc. Ils la croyaient en retraite. Ils sont tout à coup salués par la mitraille de douze pièces qu’on démasque devant eux.

Desaix, à cheval, à la tête de la 9e légère, franchit un pli de terrain et se révèle brusquement à eux par une charge à bout portant.

Ils répondent. Desaix tombe, atteint d’une balle dans la poitrine.

Il était frappé à mort, et ne prononça qu’un seul mot en tombant : « N’en dites rien. »

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