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LES FEMMES DU 6 OCTOBRE (89)

nale, était au château, croyant partir avec le roi. Lecointre, le lieutenant-colonel, restait sur la place, demandait des ordres à la municipalité, qui n’en donnait pas. Il craignait avec raison que cette foule affamée ne se mît à courir la ville, ne se nourrît elle-même. Il alla les trouver, demanda ce qu’il fallait de vivres, sollicita la municipalité, n’en tira qu’un peu de riz, qui n’était rien pour tant de monde. Alors il fit chercher partout, et, par sa louable intelligence, soulagea un peu le peuple.

En même temps, il s’adressait au régiment de Flandre, demandait aux officiers, aux soldats, s’ils tireraient. Ceux-ci étaient déjà pressés par une influence bien autrement puissante. Des femmes s’étaient jetées parmi eux, et les priaient de ne pas faire de mal au peuple. L’une d’elles apparut alors, que nous reverrons souvent, qui ne semble pas avoir marché dans la boue avec les autres, mais qui vint plus tard sans doute, et tout d’abord se jeta au travers des soldats. C’était la jolie Mlle Théroigne de Mirecourt, une Liégeoise, vive et emportée, comme tant de femmes de Liège, qui firent les révolutions du quinzième siècle et combattirent vaillamment contre Charles-le-Téméraire. Piquante, originale, étrange, avec son chapeau d’amazone et sa redingote rouge, le sabre au côté, parlant à la fois, pêle-mêle avec éloquence pourtant, le français et le liégeois… On riait, mais on cédait… Impétueuse, charmante, terrible, elle ne sentait nul obstacle…

Théroigne, ayant envahi ce pauvre régiment de Flandre, lui tourna la tête, le gagna, le désarma si