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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

demandait qu’en toute place conquise avec le drapeau blanc, le drapeau anglais fût arboré. Pour un moment ? Non pas, pour y rester. On désire que les Anglais restent et qu’ils ne s’en aillent pas.

Quand Puisaye eut ainsi magnétisé Pitt, il le désabusa sur le fanatisme de l’Ouest, il le lui montra prêt à recevoir l’assignat de l’étranger, contrefait par les plus habiles graveurs de Hollande ; indiscernables assignats que Cambon eût acceptés. On en ferait d’abord trois milliards à la fois ; de quoi acheter la Bretagne. Ce moyen était sur. La France était perdue.

Chose piquante, ce projet, qui allait combler les chouans, avait pour base et garantie la ruine de l’émigration. Si l’on en venait là, quel champ superbe de disputes, que de procès entre les royalistes mêmes, quel magnifique espoir de guerre civile ! Car enfin, tous ces milliards d’assignats seraient finalement payés en biens nationaux, biens d’Église, biens d’émigrés. Pitt remercia Dieu.

Puisaye, regorgeant d’assignats, en saoula les chouans. Il payait même d’avance. Il donna à plusieurs jusqu’à deux ans de solde. Mais la merveille, c’est que ces assignats, étant si parfaits, ne pouvant être refusés de personne, il les changeait en or à volonté. Un fleuve d’or coula tout à coup. Chaque prêtre qui partait de Londres avait dix mille livres en louis.

Que pouvait contre tout cela le génie de Hoche ? Il avait à lutter contre une force immense, invisible. Il ne pouvait même combattre l’insaisissable ennemi.

La tactique des honnêtes gens qui obsédaient le