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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

grand peuple. Tout sort des bois, des rocs. Trente mille âmes sur la grève, hommes, femmes, enfants, vieillards qui pleurent de joie et remercient Dieu. Ils apportent tout ce qu’ils ont de vivres, ne veulent pas d’argent. Ils sont trop heureux de servir. Tous, femmes, même enfants, ils s’attellent « aux canons du roi », ils les tirent dans le sable, et les hommes se mettent à la nage pour aider à sortir les caisses des bateaux (Puisaye, VI, 144.)

Mais, que devient cette foule exaltée quand elle voit descendre des vaisseaux, en costume pontifical (ô bonheur !), un évêque ! L’intelligent Puisaye avait chargé la flotte de prêtres (avec dix milliards d’assignats). Les femmes, hors d’elles-mêmes, rouvrent les chapelles, s’y étouffent, les lavent de larmes.

Pauvre peuple ! mais très redoutable, ayant bien mieux gardé que tous l’étincelle fanatique. Cette grande scène tourbillonnante était pleine d’effroi.

Hoche fut ici superbe de hauteur intrépide et de lucidité. « Du calme ! du secret ! » écrit-il aux généraux. Et à Paris, aux Comités « Soyez tranquilles. »

Sa crainte était pour Brest autant que pour lui. Il dit à l’officier solide qu’il y met : « Tiens-y jusqu’à la mort ! » En un moment, il ramasse des forces, en emprunte aux généraux voisins. De Paris, rien qu’une promesse de douze cents hommes, puis de troupes qui viendront tôt ou tard, ou du nord ou des Pyrénées.

Le 5 juillet, il eut treize mille hommes. Point de canons encore, point de cavalerie, qu’il demandait depuis trois mois. L’ennemi, au contraire, avait là