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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

de fuite dominait au château. Sans rien répondre à Meunier qui restait toujours à la porte du conseil, on envoyait cette lettre pour occuper la foule qui attendait.

Une apparition singulière avait ajouté à l’effroi de la cour. Un jeune homme du peuple entre, mal mis, tout défait… On s’étonne… C’était le duc de Richelieu, qui, sous cet habit, s’était mêlé à la foule, à ce nouveau flot du peuple qui était parti de Paris ; il les avait quittés à moitié chemin pour avertir la famille royale ; il avait entendu des propos horribles, des menaces atroces, à faire dresser les cheveux… En disant cela, il était si pâle, que tout le monde pâlit…

Le cœur du roi commençait à faiblir ; il sentait la reine en péril. Quoi qu’il en coûtât à sa conscience de consacrer l’œuvre législative du philosophisme, il signa à dix heures du soir la Déclaration des droits.

Mounier put donc enfin partir. Il avait hâte de reprendre la présidence avant l’arrivée de cette grande armée de Paris, dont on ne savait pas les projets. Il rentre, mais plus d’Assemblée ; elle avait levé la séance ; la foule, de plus en plus bruyante, exigeante, avait demandé qu’on diminuât le prix du pain, celui de la viande. Meunier trouva à sa place, dans le siège du président, une grande femme de bonnes manières, qui tenait la sonnette, et qui descendit à regret. Il donna ordre qu’on tâchât de réunir les députés ; en attendant il annonça au peuple que le roi venait d’accepter les articles constitutionnels. Les femmes, se serrant