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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

bataille ! On la voyait, la grande victime ; dans son noir nuage de poudre ! Nul moyen d’arriver à elle ! Haletante et sans voix pour se faire entendre au dehors, elle lançait, de moment en moment, comme un cri : Au secours ! quelque léger ballon, qui venait par-dessus les murs apprendre aux amis désolés les variations du combat et l’excès du péril.

Quand le vent chassait la fumée, on voyait une chose cruelle ; sur les toits de marbre de la cathédrale, dans ses innombrables aiguilles, au milieu des statues des saints, nichaient d’affreux oiseaux de mort, les tireurs infaillibles, les carabiniers du Tyrol, qui, de là, à plaisir, distribuaient les balles, plongeant à volonté derrière les barricades, ou criblant les fenêtres, le dernier asile domestique, s’amusant à frapper, aux combles des maisons, les femmes tremblantes et les enfants.

Cette abomination cessa enfin. Les populations du dehors s’élancent dans Milan, hommes de toutes tribus. Dans les cinq jours que dura le combat, on vint de cinquante et de soixante lieues. Les Romains, avant la fin de mars, étaient partis dix mille au secours de la Lombardie. Pour Gênes, elle, se révoltait, si le roi de Piémont ne se fût engagé à défendre la cause des Lombards. Il l’avoua aux Autrichiens : « Si je ne me bats contre vous, il faut que je me batte contre mes sujets. »

Toute l’Italie s’embrassa dans Milan. Telle fut la joie qu’on voulut que l’ennemi en eût sa part. Les prisonniers croates, qui venaient de donner des preuves inouïes d’inhumanité, reçurent des vivres,