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LES SALONS. — Mme DE CONDORCET

Ajoutez qu’il avait passé sa vie dans le dix-huitième siècle, et qu’il en portait le poids. Il en avait traversé toutes les disputes, les grandeurs et les petitesses. Il en avait fatalement les contradictions. Neveu d’un évêque tout jésuite, élevé en partie par ses soins, il devait beaucoup aussi au patronage des La Rochefoucauld. Quoique pauvre, il était noble, titré, marquis de Condorcet. Naissance, position, relations, beaucoup de choses le rattachaient à l’Ancien-Régime. Sa maison, son salon, sa femme, présentaient même contraste.

Mme de Condorcet, née Grouchy, d’abord chanoinesse, élève enthousiaste de Rousseau et de la Révolution, sortie de sa position demi-ecclésiastique pour présider un salon qui était le centre des libres penseurs, semblait une noble religieuse de la philosophie.

La crise de juin 91 devait décider Condorcet, elle l’appelait à se prononcer. Il lui fallait choisir entre ses relations, ses précédents d’une part, et de l’autre ses idées. Quant aux intérêts, ils étaient nuls avec un tel homme. Le seul peut-être auquel il eût été sensible, c’est que, la République abaissant toute grandeur de convention et rehaussant d’autant les supériorités naturelles, sa Sophie fût trouvée reine.

M. de La Rochefoucauld, son intime ami, ne désespérait pas de neutraliser son républicanisme, comme celui de La Fayette. Il croyait avoir bon marché du savant modeste, de l’homme doux et timide, que sa famille d’ailleurs, avait autrefois protégé. On allait jusqu’à affirmer, répandre dans le public que Condor-