Page:Mirbeau - L’Épidémie.djvu/27

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ments salubres… à l’an-ti-sep-tie !… (Avec mépris.)… à l’hygiène !… (Il hausse les épaules.) C’est là une simple hypothèse, Messieurs… une hypothèse… de littérateur, d’intellectuel, qu’aucune expérience décisive et loyale n’est venue confirmer… Demain d’autres théories, inverses à celle-là, se succéderont, aussi peu probantes… aussi peu démontrées par les faits… Eh bien, les communes doivent-elles subordonner leur activité progressiste et leurs ressources budgétaires aux fantaisies inconsistantes et ruineuses des savants ?… Doivent-elles se plier aux caprices d’une science qui ne sait ce qu’elle veut et qui se dément, elle-même, tous les huit jours ?… Je ne le pense pas ! (Applaudissements.) Et pourtant, moi aussi, je suis un savant ! (Applaudissements.)

DEUXIÈME CONSEILLER

Très bien !… Très bien !…

LE DOCTEUR TRICEPS

Nos pères, Messieurs, ignoraient ces choses… Ils ignoraient les bacilles, les bouillons de culture, les sérums, les inoculations, les vaccinations, les microbiographies et les commissions d’hygiène !… Ils ne savaient pas ce que c’est que les congrès médicaux, ce que c’est que M. Brouardel !… Ils se contentaient des maisons et de l’eau qu’ils avaient !… Ils ne prenaient même pas de bains !… même pas de bains !… comprenez-vous ?… Or l’histoire ne nous dit pas qu’ils se soient plus mal portés pour cela !… Au contraire !

DEUXIÈME CONSEILLER

C’est vrai !… C’est vrai !…

LE DOCTEUR TRICEPS

On nous objecte toujours : « Et l’Angleterre ? »… Messieurs, nous ne sommes pas en Angleterre !… L’Angle-